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Week end en France : découvrir Lens, entre Germinal et l’exposition Picasso du Louvre-Lens

Lorsque Claude Berri réalisa la premiere version de Germinal en 1993, les terrils, fraîchement abandonnés, scintillaient encore d’un noir profond. Quelques 28 ans plus tard, alors qu’une série adaptée du célèbre roman apparait sur les écrans, la végétation a poussé sur ces amas pointus de terres stériles, reliquats du tri effectué à la sortie des fosses creusées par les mineurs. Les souvenirs se sont émoussés mais la force de cette présence des mines reste intacte.

C’est d’ailleurs sur un ancien site minier que fut construit par les architectes de l’agence Saana le musée du Louvre-Lens, qui accueille l’exposition Picasso-Louvre, jusqu’au 31 janvier. Celle-ci renouvelle de façon passionnante la thématique Picasso, dans la lignée de l’exposition Picasso et les maîtres présentée aux Galeries nationales du Grand Palais en 2008.

C’est donc le moment ou jamais de re-découvrir ces villes du Nord méconnues, et ce monde si particulier des mineurs ainsi que ses anciens sites miniers, reconvertis en lieux culturels qui attirent désormais quelques 3,2 millions de visiteurs chaque année. Depuis 2012, le Bassin minier du Nord Pas-de-Calais est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. 

Au Musée Louvre Lens, les tumultueux rapports de Picasso avec les autorités du musée sont retracés à travers plusieurs épisodes. L’admission  du maestro dans le temple de l’art fut si lente que Pablo Picasso finit par snober la grande exposition le consacrant enfin, en 1955. « Je vais m’accrocher au Louvre tu as vu ? Quelle idée!… C’est gentil… Mais qu’est ce que ca change ?… »  déclara-t-il alors nonchalamment à un proche. L’énorme succès ce cette manifestation le vengeait de l’indifférence critique passée des autorités culturelles.

Mais le plus intéressant est l’exploration des oeuvre ayant inspiré Picasso, repérées au sein du musée du Louvre. Ses créations sont mises en parallèle avec les peintures et sculpture du Louvre à travers un parcours thématique : antiquité égyptiennes, romaines peintures.. etc. On peut ainsi palper les sources d’inspiration de cet ogre génial qui s’emparait de tout ce qui l’approchait pour le réinterpréter magistralement. Une tête de taureau se transforme en selle de vélo, le déjeuner sur l’herbe est repris à de multiples reprises.. Passionnant.
Cette exposition, qui devrait aussi intéresser les plus jeunes, tant elle est lisible et intelligente, n’a hélas pas été invitée à voyager. Un gâchis absolu quand on sait à quel point il fut compliqué de réunir toutes ces oeuvres pendant trois longues années de travail. Il ne reste donc plus qu’à vite prendre la direction de Lenz. 
Ce sera l’occasion de re-découvrir le magnifique musée conçu par l’agence japonaise Saana et d’effectuer un détour vers la collection permanente. A son extrémité, le Pavillon de Verre abrite une très belle installation temporaire de poutres d’acier oxydées, signée Bernard Venet

Les amateurs d’architecture contemporaine en profiteront pour faire un détour par l’Anneau de la Mémoire  sur la colline de la Nécropole de Notre-Dame de Lorette, prés d’Arras. Conçu par l’architecte Philippe Prost, ce cercle radical de 345 mètres composé de 500 plaques d’acier rend hommage au 200 000 soldats morts sur ce plateau, issus de 40 nationalités. Le visiteur se prend à rechercher un nom  familier parmi les centaines inscrits sur les plaques dorées  Cet immense anneau de métal, posé en suspension sur la colline, semble venu de l’au delà…

Même si l’exposition sur Picasso au Louvre Lens constitue en soit un bon prétexte d’excursion dans le Nord, l’actualité nouvelle autour de la série Germinal devrait renouveler l’intérêt pour cette culture des mines, qui forge l’identité du Nord. 

Pour marcher sur les traces de la série et du film Germinal, cap sur le site Arenberg Créative Mine où fut en partie tournée la nouvelle série Germinal ainsi que le film de Claude Berri.  Situé sur 34 hectare dans l’ex-propriété de la famille éponyme, le site s’est en effet reconverti dans l’accueil de tournages cinéma et d’équipes multimédia. Cette mine, l’une des dernières à être exploitée par 180 mineurs, de 1903 jusqu’à 1989 était la plus profonde de la région avec deux puits de 675 m de profondeur.  A cette distance, la chaleur était telle que les mineurs devaient travailler en slip, en arpentant des veines qui ne mesuraient parfois que 25 cm de haut. Les mineurs, d’origine polonaise,  venus d’Allemagne se disaient choqués en découvrant cette situation car Outre-Rhin, grâce à des veines, beaucoup plus riches, les galeries sont à la fois plus hautes et bien moins profondes. Il est désormais impossible de rentrer dans les anciens puits français, car ils ont tous été bouchés, mais on peut encore voir une salle de machine avec ses énormes compresseurs rescapés de dynamitages allemands à la fin de la guerre. Les machines filmées dans la série sont des reconstitutions.

Outre les bâtiments d’origine de cette mine, particulièrement avant-garde à l’époque, le site accueille un pôle de production audiovisuelle avec plateaux de tournage et régie TV de haut vol. On remarque notamment un grand studio tout noir de 460 m2 et 15m de haut qui fut utilisé trois mois durant pour le tournage de la série Germinal. Quelques 350 personnes et une douzaine de chevaux personnes étaient alors présents, mais il ne reste aucun décor des tournages. On regrette la fermeture inopportune de l’espace Claude Berri et de la « salle des pendus », où les tenues des mineurs étaient suspendues. Pour avoir une idée des « pendus », mieux vaut aller déjeuner au restaurant  Al’Fosse à Lens, qui a reconstitué en partie cet univers. 

Pour en savoir plus sur les mines, cap sur l’ancien site de Loos-en-Gohelle situé prés de Lens, qui accueille deux des 200 terrils de la région, le plus haut mesurant 186 mètres de haut. Si les bâtiments ne sont plus accessibles, il est possible de monter sur l’un des terrils pour une simple balade ou une séance de sophrologie. De là, on repérera mieux les nombreux chevalements, ces armatures métalliques qui surplombaient les accès au fosses et étaient reliées à un réseau de petits wagonnets destinés au transport du charbon.. Il se dit que la totalité des galeries souterraines mesureraient l’équivalent de deux fois le tour de la terre.

Si les anciens mineurs deviennent rares dans les corons – seulement 15% des habitants- leurs descendants sont partout. Ils contribuent au récit d’une région meurtrie à maints égards, qui a peu à peu repris vie, et offre aujourd’hui une passionnante possibilité d’excursion dans l’histoire. 

A coté des mines, les corons, font l’objet d’une campagne de réhabilitation et deviennent des habitats relativement côtés. Les villages de corons n’ont cessé d’évoluer. La premiere génération de petites maison serrées les unes coutre les autres, fit place à une seconde génération de pavillons (deux maisons accolées que l’on peut observer prés du Louvres-Lens))  puis à des maisons en briques plus vastes et plus confortables, entourées de jardin que les mineurs avaient obligation d’entretenir, pour aérer leurs poumons. La cité de la Clochette, rassemblée autour d’une étonnante église polonaise en brique, en est un bel exemple.  En lisière, la belle maison de l’ingénieur, le seigneur du coron, et celle plus petite du médecin, imposent une présence plus bourgeoise.

Les épouses de mineurs ne devaient pas travailler. Les garçons pouvaient être affectés aux mines à partir de 14 ans et les jeunes filles étaient autorisées à travailler en surface, jusqu’à leur mariage. Si elles épousaient un mineur, elles avaient alors droit à une maison dans le coron, avec prise en charge du loyer,  du chauffage et des soins médicaux, et de la scolarité des enfants, autant de points appréciables par rapport à ce que permettaient alors une vie d’agriculteur ou d’ouvrier dans d’autres secteurs. En revanche, une fois veuve, elles perdaient ces avantages et se retrouvaient très précaires. Un risque non négligeable car outre les accidents, les changements de production, après guerre, en généralisant l’usage de machines génératrices de poussière de silicose, entraînèrent un forte mortalité des mineurs, dés 55 ans. Rares étaient ceux qui profitaient de leur retraite. Ils se retrouvaient en outre stigmatisés, par crainte illusoire de contagion. 

Malgré des conditions de travail très dures, le statut de mineur était  dans une certaine mesure valorisé par rapport à d’autres métiers. Mais ils étaient totalement dépendants de leur employeur. Un comportement répréhensible pouvant entrainer une expulsion et la fin de tout un mode de vie. Ecole, travail, mariages, loisirs… Toutes les étapes de la vie se déroulaient au sein de la même communauté, contribuant à créer une forte solidarité. Avec en prime la fierté d’être ceux qui chauffaient la France pendant 270 ans. Cette valorisation, payée au prix fort, du statut de mineur, a contribué à créer une forte identité, qui imprègne encore toute la région. 

Les villes transportent elles aussi le visiteur, dans l’histoire de France. Bien sûr il y a les cités anciennes, telles que Arras ou Douais. Leur centre ville préservé, riche d’une somptueuse architecture flamande,  rappelle la prospérité passée de ces places fortes du tissage. A Douai notamment, on admirera le beffroi célébré par Victor Hugo et Corot. Une jolie croisière sur la rivière de la Scarpe permettra aussi de repérer les anciens bâtiments des drapiers, et le palais de justice, avec la prison sur les quais d’où s’échappa l’aventurier François Vidocq, en plongeant dans la Scarpe en 1805. Les vrais personnages emblématiques de la ville sont cependant les cinq membres de la familles Gayant, maxi sculptures d’osiers habillées, qui donnent lieu chaque été à une importante procession et à d’émouvants rituels.

Bethune et Lens intéresseront davantage les amateurs du style art déco. Entièrement reconstruites en à peine trois ans après les bombardement de la guerre de 40, ces villes martyrs ont fait l’objet de projets d’urbanisme ambitieux. Parfois, le choix fut fait d’une reconstruction quasi identique. C’est le cas du centre de Bethune avec la Grand’ Place où alternent des bâtiments de style flamand et art déco. Il est possible de visiter le beffroi et de ses 36 cloches, cet épicentre de la ville qui carillonne en principe tous les quart d’heure et permettait de surveiller les incendies alentours. Malgré tout on s’intéressera davantage aux bâtiments art déco comme la gare de Lens, dont l’architecture s’inspire de la forme d’une locomotive. Elle fit scandale lors de sa construction. Aujourd’hui elle figure parmi les monuments les plus visités et offrira peut être un façon de clore en beauté ce périple atypique. 

CARNET DE VOYAGE

LENS : https://tourisme-lenslievin.fr/

Louvre Lens : www.autourdulouvrelens.fr

Hôtel :
Louvre-Lens 4* www.hotel-louvre-lens.com 

Restaurants : 
– Atelier de Marc Meurin. https://atelierdemarcmeurin.fr 
– Al’Fosse 7. www.alfosse7.fr 

BETHUNE : https://www.tourisme-bethune-bruay.fr/

Restaurant :
Potin de Casseroles https://potin-de-casseroles.webnode.fr/ 

DOUAI : https://www.douaisis-tourisme.fr

Hôtel :
– La Terrasse
www.laterrasse.fr 

Restaurants :
La Maison Prevost
https://maisonprevost.fr 
la Taverne Médiévale d’Arkéos 
www.arkeos.fr/taverne

Mention spéciale pour ces deux derniers établissements : 

La Taverne Médiévale.
Ce restaurant, installé au musée  de l’histoire du Territoire, reconstitue l’ambiance et les menus du Moyen âge. On y boit de l’hypocras, cette boisson légèrement alcoolisée qui remplaçait l’eau, et on y goûte un cuisine très épicée, selon les critères des tables nobles, composée de deux ou trois plats, petit échantillon des banquets médiévaux à 6 services .

La Maison Prevost
Situé en plein centre de Douai, cet ancien hôtel particulier, récemment relooké, accueille une table exceptionnelle. La Maison Prévost offre une carte gourmande aussi réussie qu’originale, avec une option jardin en été, et bientôt un hôtel.

Crédits photos : © Succession Picasso 2021 © Louvre-Lens © Philippe Chancel © Porte du Hainaut Tourisme Patrick Clement © Laurent LAMACZ ©  Frédéric Iovino © Yannick Cadart © Rogeaux

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