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Novembre 2017

IRVING PENN AU GRAND PALAIS © IRVING PENN

IRVING PENN AU GRAND PALAIS

Par Françoise Spiekermeier

La plus grande exposition de photographies jamais réalisée au Grand Palais se tient jusqu’au 29 janvier. Elle fête la naissance de l’un des maîtres de la photographie du XXe siècle, Irving Penn. A travers 235 tirages réalisés de sa main, on y découvre l’histoire de la modernité passée au crible de sa chambre noire. Et une certaine complicité de la femme avec la cigarette.

  • Irving Penn a toujours été fasciné par l’appareil photo.

    Il le considérait comme un instrument, « mi-stradivarius, mi-scalpel ».

    En observant les photographies au fil de cette somptueuse exposition, il est frappant de constater qu’elles renferment autant d’imagination créative que d’exploration profonde de l’intime, comme si l’auteur avait inventé cet instrument hybride lui permettant de restituer une réalité invisible au commun des mortels : le monde, à travers sa vision.

  • Jerôme Neutres, le commissaire de cette exposition réalisée en collaboration avec le Métropolitan Museum de New York, raconte le jour où il est entré pour la première fois dans le studio du maître :

    « j’ai eu la chance de visiter des centaines de studios d’artistes et de photographes au cours des années.

    Là, ce qui m’a surpris par rapport à tous les autres, c’est la simplicité du dispositif du studio d’Irving Penn : ce fameux rideau (j’ignorais à l’époque qu’il l’avait trouvé à Paris dans un théâtre, en 1950), le trépied, le Rolleiflex et un petit tabouret. J’ai compris que les petits métiers, les grandes stars, les top-modèles, la haute couture ou les chiffonniers, tout le monde avait été traité de la même façon. Pas besoin d’hélicoptère, de grand décor, de palace pour réussir sa photo : il est seul devant le sujet face à ce fond totalement homogène. »

  • Au Grand Palais, le rideau du studio d’Irving Penn est présenté à l’extrémité des salles, au pied de l’escalier menant au premier étage.

    A la sortie de l’escalier, le fameux appareil vous surprend, à votre insu, comme le grand maître l’aurait fait en captant une facette enfouie de votre personnalité.

  • Dans son atelier situé à Manhattan, sur Union Square, Irving Penn vivait dans sa bulle.

    D’un coté du studio, l’espace prise de vue. De l’autre, un véritable laboratoire avec des pots de chimie, où il passait la moitié de la semaine à faire ses tirages.

    « J’ai pensé qu’il fallait créer un nouveau vocable pour lui, j’avais proposé « photoplasticien » car il ne travaille pas seulement avec ses yeux, mais avec ses mains. Tous les tirages de l’expo ont été réalisés de la main d’Irving Penn ! » précise le commissaire d’exposition à l’origine de cette rétrospective.

  • L’une des salles cultes de l’exposition, située au niveau 1, est baptisée « Les cigarettes » :

    il s’agit d’une série de photographies de mégots réalisée en 1972 qui traduit bien la démarche du photographe :

    « une cigarette écrasée indique le caractère, elle révèle la nervosité. Son choix en dit long sur le goût d’une personne » avait-il confié. ( « a stubbed out cigarette tells the character, it tells the nerves. The choice of cigarette tells the taste of the person »). Cette série constitue l’un des chefs d’œuvre d’Irving Penn.

  • Pour réaliser des portraits existentiels, il faut pousser le modèle au delà de ses limites.

    En 1947, Irving Penn invente un décor en angle où il « coince » son modèle.

    « Le fait de prendre des stars et de les mettre dans un coin, c’est quand même incroyable ! » s’exclame Jerôme Neutres. « Au fond, c’est une sorte de provocateur. Il change tous les codes parce que c’est un créateur de monde. Le portrait en coin n’est pas seulement un artifice. C’est très graphique, très dessiné, très géométrique. Mais cela permet surtout de pousser le modèle dans ses retranchements. C’est pour cela qu’il faisait de longues poses, qui parfois énervait ses modèles. Il parlait même de fêlure derrière la façade que l’on montre de soi-même. Irving Penn allait chercher quelque chose de l’ordre de l’intime, ce qui pour lui, était la beauté : la vérité d’un personnage ».

  • « Moments du Passé » est la dernière salle, juste avant la sortie.

    On y découvre le portrait d’Ingmar Bergman réalisé en 1964.

    Le cinéaste occulte ses paupières avec ses deux index. La séance avait duré deux heures. Une photo insolite, surréaliste. Irving Penn, très influencé par l’esthétique surréaliste des années 30, a pris dans sa jeunesse le virus surréaliste, qui ne l’a jamais quitté.

  • Magnifique catalogue d’exposition :

    Irving Penn, le Centenaire :

    372 pages, 367 illustrations, avant-propos par Thomas P. Campbell, directeur du Métropolitan Museum of Art à New York. Editions de la réunion des musées nationaux-Grand Palais Paris 2017, 59 €.

    http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/irving-penn

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