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Juin 2020

Françoise Spiekermeier Un voyageur en déconfinement © Françoise Spiekermeier @plumevoyage Plume Voyage Magazine

Par Sandra Serpero

Un voyage avant le voyage avec Françoise Spiekermeier

Anthropologue, journaliste, photographe, reporter de guerre, Françoise Spiekermeier a axé son travail sur la représentation du corps et les images de la beauté. Créatrice de « Beauties », un travail documentaire sur la beauté humaine à travers le monde, elle nous invite à poser un autre regard sur l’émotion esthétique et les rituels de beauté qu’elle considère comme l’ultime acte de résistance de l’être humain face à la dureté de la vie et la laideur du monde. Ame lumineuse et rayonnante, Françoise Spiekermeier cultive un art de vivre en hyper connection avec la nature dont elle se réjouit au quotidien dans sa maison varoise. Grande voyageuse, éprise des couleurs et des saveurs de l’Inde où elle devait se rendre juste avant le confinement, Françoise a profité de cette pause forcée en prenant refuge dans la nature. Reporter pour Plume Voyage depuis de nombreuses années, cette fois ci c’est au tour de notre super journaliste aventurière de nous confier les grandes lignes de son confinement, son état d’esprit, ses rituels et ses envies de demain. A la lire, déjà, comme une grande bouffée d’air frais.



Comment allez-vous ? Comment s’est passé le confinement ?

 

A quelques jours près, je m’envolais en Inde, invitée par une prestigieuse maison de couture parisienne pour incarner une nouvelle fragrance inspirée de l’univers du voyage : une semaine au Rajasthan, afin de transmettre les valeurs du parfum à travers ses liens avec mon expérience de photographe en terres lointaines. J’aurais complété ma collection par des portraits de beautés du Rajasthan. Privée de cette merveilleuse invitation, j’ai pris refuge dans la nature. J’ai entamé un voyage intérieur, une retraite! Mon cabanon est entouré de garigue : je me levais tôt pour saluer le soleil, humer les essences méditerranéennes. La nature a été mon réconfort, la méditation ma principale activité. J’ai jardiné, monté des murs de pierres sèches. Le soir, j’échangeais avec les copines sur la situation. On se serrait les coudes. Aujourd’hui, la limite des 100 km est levée. Mais le voyage reste intérieur. Difficile de me projeter en l’absence de vols longs courriers. Je crains que la liberté de voyager se perde. Je crois aussi que les valeurs de rencontre, de partage avec l’étranger, retrouveront un sens profond, une intensité que la mondialisation avait peut-être galvaudée. La levée progressive des mesures de protections sanitaires permet de relancer les projets d’exposition, et c’est bon !


Qu’avez-vous fait le jour du déconfinement ?

 

Je suis passée du vert au bleu, de la forêt à la mer. J’ai mis le paddle sur le toit de la voiture, direction la Méditerranée, distante d’un quart d’heure seulement de ma maison située dans l’arrière-pays de Bandol (Var)… et j’ai paddlé jusqu’au coucher du soleil. La mer est mon produit de beauté : le paddle concentre stretching et musculation. Pour se reposer, on s’allonge et on se laisse dériver pour un beau bronzage uniforme. Côté boulot, j’ai contacté la galerie à Sisteron qui exposait mon travail sur l’Afghanistan : l’exposition a hélas été écourtée.


Quels ont été vos rendez-vous quotidiens durant le confinement qui vous ont fait du bien ? Avez-vous gardé certaines habitudes ?

La méditation, le travail de la terre, m’ont permis de cultiver une certaine spiritualité. J’ai écouté des livres audio (Deepak Chopra, les 7 lois spirituelles du succès par exemple) pratiqué la salutation au soleil aux premiers rayons du jour, pour emmagasiner l’énergie solaire. J’ai plongé les mains dans la terre pour créer un potager. Un article scientifique affirme qu’une bactérie présente dans l’humus, agit sur les récepteurs en déclenchant la production de sérotonine, l’hormone du bonheur. Voilà pourquoi cochons et sangliers se roulent -aussi-dans la boue ! J’ai médité sur la gratitude envers la nature.


Que faites-vous depuis le confinement que vous ne faisiez pas avant ?

Je me lève à 6h pour consacrer 1h30 à mon potager. Je me shoote à l’humus de bon matin ! J’attends avec impatience que murisse ma production de tomates, carottes et courgettes pour inviter mes amies à déjeuner au potager. C’est mon objectif de convivialité pour 2020 : du potager à l’assiette, la table dressée à un pas des rangs de tomates.


Un livre que vous n’avez pas lâché durant le confinement ?

A défaut d’écrire ma biographie toujours en chantier, j’avais sur ma table de chevet Le Guide Larousse de la Perma-culture, « Ne combattez pas la nature, imitez-la ! » et « Cinq méditations sur la beauté » de François Cheng. Ma bible.




La série ou le film que vous avez vu et aimé durant le confinement et que vous pourriez conseiller ?

Je ne suis pas trop série mais je suis tombée sur BERLIN 59 en replay sur le site d’Arte et j’aime bien ce portrait de femmes aux prises avec la société patriarcale dans l’Allemagne d’après-guerre. Une bonne piqure de rappel du chemin parcouru par nos aïeules pour faire de nous des femmes libres.


Quelles leçons tirez-vous de cette période inédite ?

Nos destins sont liés même au plus profond d’une retraite solitaire : nous sommes, terriens, partie d’un même corps, unis par un destin commun, encore plus vrai à l’heure de la digitalisation.


Cet été où aimeriez-vous aller ? Quel est le lieu qui vous tient à cœur ?

 

J’ai envie de m’enraciner dans la colline provençale. Pour mon potager, j’utilise des semences libres de droits et reproductibles issues de l’agriculture biologique vendues par Kokopelli. Depuis 1999, cette association se donne pour mission de préserver la biodiversité semencière face à la privatisation du vivant. Ils organisent du 3 au 5 juillet les tambours de Gaïa, un festival de révolution fertile. J’aimerais bien aller voir, c’est en Ariège. Et puis un stage de botanique pour connaître les plantes médicinales de chez nous. Et bien-sûr, l’ouverture de la fondation Carmignac à Porquerolles, nouveau centre d’art dont j’adore la philosophie.


Dans quel hôtel rêveriez-vous d’aller ?

 

Je rêve d’un combi-Volkswagen pour parcourir l’Europe centrale et tomber sur des hôtels improbables. Sinon, j’aime le Reine Jane à Hyères, décoré par de jeunes designers lauréats de la Design Parade de Toulon.


Voyage romantique ? Voyage en famille smala ? Voyage nature ? Voyage gastronomique ? Voyage sexy amoureux ? Voyage bien-être ? Voyage à la montagne ? Voyage à la mer ? Voyage immobile ? Quel est votre voyage préféré ?

Celui de l’imagination…


Si vous aviez une baguette magique, quel serait votre voeu ?

 

Que l’humanité s’éveille, se prenne d’amour pour la nature et la protège comme son propre corps. Et puis me téléporter en Inde, terre aux mille senteurs.






INFOS : www.spiekermeier-photography.com

Livre « Beauties, la beauté sauvera le monde », éditions La Martinière en vente sur fnac.com : https://livre.fnac.com/


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