09/19
fren
Partager
  • twitter share button

Avril 2019

Notre si Belle Dame, bougies Cathédrale Notre Dame Paris. News parisiennes. Avril 2019. Plume Voyage Magazine #plumevoyage @plumevoyagemagazine @plumevoyage © CapucinePlume

NOTRE SI BELLE DAME

Par Cécile Sepulchre Photos Capucineplume

En cette soirée tranquille, place Maubert, il y avait bien des sifflets de police un peu plus stridents que de coutume. Mais c’est la fumée qui donna l’alerte. Et ce mouvement des passants, vers Notre Dame toute proche. Rue de Bièvre, d’insolites petits mariés nippons reprenaient leurs esprits, mitraillés par une photographe qui tournait consciencieusement le dos à ce qui aurait du être le scoop de sa vie. Sur les quais, seule une poignée de passants pétrifiés, en larmes pour certains, était tournés vers la cathédrale.

Aucune des rumeurs d’incendie saisie en chemin ne m’avait préparée à cette vision d’horreur. D’immenses flammes dévoraient la toiture qui coiffait si somptueusement le chevet de la cathédrale. En quelque minutes elle fut engloutie, ne laissant qu’un vide désolant. Puis les flammes s’attaquèrent au coeur et à la flèche. Tous les regards étaient tendus vers cette flèche de Viollet le Duc, si fière, mais si vite dénudée. Bientôt il ne resta plus qu’une frêle arête que tous fixaient, redoutant sa chute inéluctable. Devant cette vision désolante, les souvenirs d’instants heureux aux pieds de cette belle dame affluèrent.

Cette vue du séant gothique de Notre Dame était un festin extraordinaire que j’avais le privilège de goûter chaque jour. La facade, plus raide, et l’intérieur de la cathédrale étaient abandonnés aux files interminables des 13 000 touristes quotidiens, mais la partie arrière de la cathédrale restait inscrite dans la vie du quartier. Il y avait les concerts et les promenades entre ses flancs, le bac à sable du jardin pour les enfants, à l’abri de ses jupes, les instants magiques sur le pont de l’Archeveché, le pont des amoureux et la parade des jolis mariés asiatiques. On y savourait les meilleurs couchers de soleil et les jeux de lumières sur les pierres sculptées au gré des passages de bateaux mouches, les glaces du quai d’Orléans, les dîners sur les péniches riveraines, les séances de tango sur les quais. Un vieil anarchiste campé sur un vélo surréaliste guettait les passants sur le pont Saint Louis et les ados se retrouvaient pour des picnics sur les quais. La nuit, complice, la vieille dame se laissait parfois escalader par des jeunes Quasimodos imprudents. Quelque soit l’angle de vue, Notre Dame dominait tout, sublime et intemporelle. Un chef d’oeuvre de beauté chargé d’histoire, menaçait à présent de partir en fumée, et avec lui toutes ces oeuvres discrètement signés par les ouvriers du Moyen Age,…

Face à la flèche vacillante, je retrouvais cette même impression d’impuissance et de sidération que lors des minutes précédant la chute des Twin Towers new-yorkaises. Un autre bâtiment emblématique d’une capitale, synonyme de force et d’invulnérabilité, avalé par les flammes en quelques minutes. La même crainte aussi pour ce qui allait suivre la chute inévitable. Des pompiers ou des passants risquaient ils d’être tués ? La voute et la fine paroi dentelée de la nef allaient-elles résister ? Ce ne fut pas un « oh my god « mais un « oh non » que clamèrent soudain les parisiens. Dans un nouveau fracas, la flèche s’écroulait comme un fétu de paille sur la toiture de la nef, qui s’embrasa à son tour et les arceaux de bois séculaires de la forêt se dressèrent dans les flammes comme des arêtes pour sombrer un à un dans le brasier. Dés lors se précisa la crainte de voir les deux tours, léchées par les flammes, menacer toute la structure. Les 35 000 kilos de fonte du bourdon et des cloches allaient-ils fondre et entrainer la tour Nord et avec elle les 750 tonnes de pierres de la cathédrale ? Mais les cieux, aidés des pompiers, en décidèrent autrement et le feu reparti frapper l’échafaudage du chantier en cours. Perchés sur une tour, armés de lances à eau dérisoires, quelques pompiers bravaient les flammes au milieu des gargouilles.

Sur les quais les parisiens affluaient repoussés vers le quartier latin par la police, tandis que le gigantesque brasier s’apaisait peu à peu. Une foule silencieuse et grave communiait dans le chagrin. Un chant religieux s’éleva alors, doux et apaisant. De discrets groupes de catholiques avaient accouru au chevet de la grande blessée. Toute la nuit, ils se relayèrent entre murmures et chants, face à la masse fantomatique de Notre Dame, rougeoyante au début, puis sombre, si sombre.
Mais au petit matin, dans la lumière grise de Paris, Notre Dame était toujours là. Salie, décoiffée, mais toujours solidement campée sur son île, dans sa beauté majestueuse. Prête à défier les hommes pour quelques siècles encore…
Nous la rebâtirons : https://don.fondation-patrimoine.org/SauvonsNotreDame/~mon-don

  • Parutions Capsule de Plume

    Parutions Capsule de Plume

    Parutions Capsule de Plume pour le Parfum de Valise

  • Pour les annonceurs de Plume Voyage

    Pour les annonceurs de Plume Voyage

    Pour les annonceurs de Plume Voyage

  • haut de page