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Mars 2018

Objets en grès, Manufacture de Digoin.PLUMEVOYAGE @plumevoyagemagazine © Françoise SPIEKERMEIER et Jean-Marc Palisse Studio Midisix Pierrick Verny

Manufacture de Digoin, au grès du temps

Texte Françoise SPIEKERMEIER Photos © Françoise SPIEKERMEIER © Jean-Marc Palisse Studio Midisix Pierrick Verny

A Digoin, on vit au son de la sirène réglant la sortie d’usine. Elle résonne en profondeur, là, dans le coeur des gens, fiers de voir leur Manufacture de Grès et Poteries renaître de ses cendres depuis ce jour d’avril 2014 où Corinne Jourdain Gros a passé la grille d’entrée de la vieille usine ouverte en 1875. In extrémis, elle a sauvé le Grès d’ici et ambitionne d’en faire une matière du XXIème siècle.

  • Un irrépressible frisson a traversé son corps à la seconde même où elle passé le seuil de l'usine.

    Le haut fourneau, les ateliers, et au-delà, le canal qui rejoint le centre-ville de Digoin, ancienne cité industrielle dans la vallée de la céramique qui abritait une quarantaine de manufactures...

    Tout était en place pour que le rêve s’accomplisse. Celui de la réalisation d’une formidable envie de créer, de faire vivre des valeurs transmises par les anciens: donner du temps au temps, sauver un savoir-faire bien français, faire du nouveau avec de l’ancien en se tournant vers l’avenir. Vivre son temps, ne plus le perdre.

  • Une longue et brillante carrière dans la publicité en tant que directrice conseil en communication au sein du groupe Publicis tirait à sa fin.

    Il faudra dix ans de gestation avant que Corinne Jourdain Gros ne se décide à tout quitter,

    à investir à 48 ans dans un prêt étudiant et entamer un nouveau départ en suivant le programme Executive MBA Global Fashion Management à l’Institut Français de la Mode à Paris.

  • A l'époque industrielle, la sirène de la Manufacture libérait les ouvrières à 11h30, une demi-heure avant les ouvriers de la faiencerie voisine, pour éviter l'engorgement dans les rues.

    Aujourd'hui, ils ne sont plus qu'une poignée, dix-douze ouvriers et ouvrières tout au plus dans cet immense site de 2000m2.

    Mais ils représentent beaucoup! Ils incarnent le fil rouge qui relie au passé, à l’identité, un fil cassé que cette Lyonnaise -je suis une « gone », dit-elle- a renoué en rachetant l’usine pour une somme symbolique, avec ses fonds propres et l’aide de quelques investisseurs. « J’ai remis l’usine en route à l’été 2014 en rembauchant dix personnes pour démarrer officiellement en septembre 2014. Relancer une entreprise en faiencerie? Je n’y connaissais rien! Mais en jetant un oeil à mon business plan, je constate à quel point tout se réalise! »

  • La Manufacture de Digoin, à l'origine entreprise artisanale et familiale fondée en 1875 au bord du canal du centre en Bourgogne, façonne des objets du quotidien en grès:

    vinaigriers, fontaines, percolateurs, pots à graisse, saloirs, pots moutarde, terrines, pichets, cruchons, faisselles à fromages, pots de yaourts...

    Distilleries, moutarderies et conserveries alimentaires utilisent ces contenants pour ses qualités uniques de conservation et préservation. « Je suis tombée amoureuse de cette matière. J’ai eu envie qu’on la voie, dit-elle. On a travaillé sur une collection bi-matières pour mettre en valeur le grès qui, avant, était entièrement recouvert d’émail. On a développé des engobes (une forme d’émail incuit, mélange de barbotine et de matière avec des colorants) qui donnent l’impression que la pierre est teintée dans la masse. Cela donne un coté brut et contemporain. C’est ce que je trouve intéressant. » Pour les couleurs, elle dit s’inspirer de la nature: « car je trouve une richesse dans les couleurs de la nature… très inspirante. La nature nous donne TOUT! ».

  • Sa vision créative est là: revisiter la collection traditionnelle mais avec des finitions qui correspondent à des demandes sur le marché français.

    En développant une clientèle de détaillants et de grands magasins, elle a touché le grand public :"on part de l'existant en lui donnant un supplément d'âme, en racontant une histoire.

    C’est une forme de renaissance. Tout le monde a reconnu ces objets! ». D’ou un succès fulgurant au salon Maison et Objets pour ces pièces façonnées à la main dans le pur respect de la tradition.

  • Passionnée par la recherche, Corinne Jourdain Gros organise des workshop avec les étudiants de 3ème année de l'Ecole des Arts Décoratifs de Paris, en collaboration avec de jeunes designers accomplis.

    Par exemple sur le thème "Du potager à la table" piloté par la designer Pauline Deltour. "Ils sont venus ici deux fois.

    Ce que j’ai apprécié dans cette collaboration, c’est qu’elle a su leur exprimer les valeurs des Grès et Poteries. Ces jeunes qui ont une vingtaine d’années sont extrêmement attachés à toutes ces valeurs françaises, à cette histoire ancrée dans le patrimoine: ils ont besoin de racines ». Plonger dans les racines pour inventer l’avenir. Sur le modèle de la Fondation Luma à Arles, mais avec de modestes moyens, Corinne Jourdain Gros a de l’ambition pour la Manufacture: réaliser un pôle de recherche sur le grès et ses champs d’application, des résidences de designers et chercheurs, mêler l’industrie et le plaisir. Redéfinir les usages du XXIème siècle!

    www.manufacturededigoin.com

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