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Septembre 2018

Les « passeurs d’Asie »

Jean-Paul Chantraine, passeur d’Asie, Agence de voyage Asia, septembre 2018. Le Monde de. Plume Voyage Magazine #plumevoyage @plumevoyagemagazine @plumevoyage © DR

Par Cécile Sepulchre

Dans le monde du voyage, il est des lieux qui ont plus d’âme que d’autre. L’agence Asia de la rue Dante en fait partie. Elle fut le théâtre de nombreuses expositions insolites et de rencontres autour de Jean-Paul Chantraine, ce passionné à l’humanisme chaleureux, qui animait la grande tribu des « passeurs d’Asie ». C’est ainsi que le président d’Asia définissait les amoureux de cette région, ceux qui tentent de saisir et transmettre ses valeurs venues d’ailleurs.

Le charismatique chef de tribu s’est hélas éteint prématurément le 5 septembre dernier et beaucoup ont craint que ce lieu ne meure, avec une vente d’Asia, la petite agence étant devenue au fil des ans un groupe convoité, leader français en Asie.

Crainte heureusement dissipée vendredi dernier. Brigitte Chantraine, l’épouse du fondateur et ses deux fils ont en effet décidé de conserver l’entreprise, en prenant le leadership du conseil d’administration. Ils confirment par ailleurs l’équipe en place, en nommant le directeur commercial, Guillaume Linton, à la direction générale comme annoncé en avant première par Plume Voyage. Ce brillant gestionnaire au cursus béton, compagnon au long cours de Jean-Paul Chantraine, saura sans aucun doute préserver le supplément d’âme que le fondateur avait su insuffler à Asia.

Jean-Paul Chantraine se passionnait pour des sites méconnus, parfois situés dans des zones reculée, n’hésitant par à s’engager dans des actions totalement désintéressées.

En Indonésie, il avait ainsi accepté de soutenir un programme de tourisme solidaire, durable et équitable, afin d’aider le village de Bebekan à Java, meurtri par le tremblement de terre de 2006. L’auteure Elisabeth D. Inandiak évoque cet homme à la « conscience vibrante de sagesse, de bon sens et de générosité » qui devint son principal soutien dans son engagement auprès des villages indonésiens. Ils poursuivirent ensemble la même démarche en faveur des victimes de l’éruption du volcan Merapi, en prenant soin de toujours planter les graines de l’autonomie future des villageois.

Jean-Paul Chantraine était aussi un gestionnaire avisé qui savait à l’occasion conjuguer ses projets touristiques et ses coups de coeurs pour des régions particulières.

Grand amoureux du Laos, il finança l’hôtel Luang Say Résidence, porte d’entrée de la petite ville de Luang Brabang, pour des visiteurs aisés, ainsi que le Luang Say Lodge, situé sur les rives de Mekong. Il s’enthousiasma pour les croisières fluviales, et ouvrit des lignes de bateaux anciens afin d’explorer les méandres les plus secrets du Mekong ainsi qu’une croisière parcourant les rivages de Phuket. En Thailande, il avait jeté son dévolu sur les « peuples des collines » de la région de Chiang Maï, lançant la construction de trois lodges de charmes -le Lisu, la Khum Lanna et le Lanjia Lopdge – pour faire découvrir le Nord autrement. Le voyage responsable, c’est dans les gènes d’Asia, déclarait il.

Si l’on évoquait avec lui une région méconnue, ses yeux malicieux devenait aussitôt sérieux et interrogateurs et lors de la discussion suivante, il en savait déjà plus que quiconque.

Qui d’autre que lui aurait pu se passionner pour le village arborigène d’Arhn Hem en Australie, qu’il parraina pendant 17 ans ?
Sa dernière croisade fut celle menée en faveur du site archéologique de Muara Jambi, cet ancien centre d’études bouddhistes de Sumatra, qui rayonna dans toute l’Asie du VII au XIII siècle. Un centre historique majeur composé de 80 temples, totalement inconnu du grand public, qu’il tentait de sauver de l’oubli. Il édita plus récemment le très beau livre « Rêves de l’île d’Or » dans lequel sa fidèle comparse, Elisabeth D. Inandiak, exhume l’histoire du site, avec l’aide des villageois. Le but étant d’ édifier ensuite une « maison des sagesses » pour favoriser la préservation de cette mémoire et la rénovation du site. Mais comment déplacer les touristes jusqu’aux confins de l’île d’Or ? Cécile Bigeon, son attachée de presse, entrainait des journalistes éberlués au fin fond de Sumatra afin de faire découvrir au grand public ce site exceptionnel. Une ambition courageuse, teintée de ce brin de folie que seuls les passeurs d’Asie peuvent comprendre.

Selamat jalan, Jean-Paul !

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