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01 Juillet 2016

Le Phocée, navire atelier. Une Halte à Marseilles Ricciotti-Pilotines Juillet 2016 PLUMEVOYAGE. @plumevoyagemagazine © Françoise Spiekermeier

Ricciotti : exercice d’admiration des pilotes du port de Marseille

Par Françoise Spiekermeier

Dans le Vieux-Port de Marseille, le Phocée, une barge flottante au pied du Fort Saint Jean, vient de faire peau neuve. Cet étrange navire qui tient plus du pavillon industriel que d’un bateau est en réalité un chantier naval miniature où se construisent et réparent les pilotines : ces vedettes rapides quasi insubmersibles permettent aux pilotes du port de Marseille-Fos d’aborder par tous temps tankers et paquebots pour les conduire à quai, en sécurité.
Ancrés là depuis plus de deux siècles, mais menacés de délocalisation, les pilotes ont appelé à la rescousse Rudy Ricciotti. Le seul, à leurs yeux, capable de légitimer leur présence au pied du musée. Séduit par leur univers, l’architecte sudiste et engagé ne s’est pas fait prier.

  • Une histoire d’hommes

    C’est une histoire très locale. Une histoire d’hommes comme les aime l’architecte. Depuis Gaston Deferre, l’ancien Maire, les pilotes du Port de Marseille sont sur des charbons ardents : leur ponton flottant jugé disgracieux risque d’être déplacé pour céder la place aux bateaux de plaisance. Or l’arrivée et le succès du Mucem n’a fait qu’augmenter la supposée monstruosité du ponton campé au pied du musée… Le destin du Phocée dans le port de Massilia semble plus que jamais incertain.

  • Rudy Ricciotti

    Or qui d’autre que Rudy Ricciotti, l’architecte du Mucem lui-même, pourrait permettre, par son intervention, de sauver le ponton, ou du moins de l’inscrire dans le tout cohérent que constitue la nouvelle entité Fort Saint-Jean- MUCEM ? Lui donner une visibilité, une notoriété auprès des Marseillais qui passent devant sans le remarquer ? Si l’histoire des pilotes ne fait qu’un avec celle du Vieux Port, leur profession, bien que d’utilité publique, reste très peu connue et leur omniprésence dans le port, en somme, très discrète. Les pilotes font leur métier sans faire de vagues. En 1821, quelques années après un décret signé par Napoléon donnant naissance à la corporation des pilotes de Marseille, un premier ponton en bois, « une chatte », fut mise en place dans le Vieux Port pour amarrer les bateaux pilotes, exactement à la place qu’occupe aujourd’hui le Phocée.

  • Les pilotes côtiers

    Les pilotes côtiers (ou lamaneurs) sont apparus avec la naissance du commerce maritime dans l’Antiquité, pour protéger les vaisseaux et leurs cargaisons du naufrage. A la science de la manœuvre, le pilote joignait la connaissance des ports et des côtes, des courants et des dangers. Il commandait la manœuvre dans les ports à l’aide des amarres. Il s’agissait à l’origine de pêcheurs connaissant parfaitement les fonds et leurs pièges. De guerres en blocus économiques, des heures sombres aux périodes de prospérité, les pilotes ont développé à travers les siècles un sens de l’adaptation hors norme. Aujourd’hui, l’essentiel de l’activité des pilotes se situe dans les ports du Golfe de Fos et de l’Etang de Berre. Ils disposent d’une flotte de douze pilotines rapides dont huit d’une longueur de 12 mètres et 4 d’une longueur de 17 mètres. Des « bagarreuses », comme on les surnomme affectueusement, parce qu’elles sortent par tous temps, tous les jours, toute l’année.

  • Le Phocée

    Le Phocée, c’est le navire atelier d’où sont sortis toutes ces vedettes ultra-rapides fabriquées à son bord depuis 1967, dessinées et conçues par les pilotes et leurs charpentiers pour coller toujours mieux aux défis du métier. Sous son toit blanc et derrière ses façades blanches, c’est donc une véritable usine, un chantier naval permettant aussi de réparer les bateaux abimés au plus près de leur zone d’intervention. Lorsque Rudy Ricciotti visite le lieu, et découvre le radier permettant de lever les pilotines hors de l’eau pour les réparer, lorsqu’il passe de l’atelier mécanique, à l’atelier électricité ou à l’atelier charpente, c’est tout un pan de savoir-faire marseillais qu’il découvre et qui l’emballe :« Vous avez-là un outil extraordinaire ! ». La culture et le métier l’impressionnent. Ses yeux brillent lorsqu’il évoque le courage des pilotes : « C’est l’admiration pour ces gens qui m’a inspiré. Moi je les admire. Faut y aller… C’est un métier très dangereux. Parce que quand tu montes et tu descends d’un cargo et qu’il y a la tempête, il faut voir comment ces navires sont secoués… les pilotines. Les pilotes ont une échelle de corde, le type descend et à un moment donné, il faut qu’il saute…sur la pilotine qui s’éloigne, qui se remet… qui enfourne complètement, avec l’eau qui passe par dessus le toit… C’est ultraviolent. »

  • Le navire atelier

    Dès la première rencontre, Rudy Ricciotti a aimé le sujet. Le navire atelier qui possède d’ailleurs des hélices comme n’importe quel navire à moteur, construit dans les années 60, avait été modifié. Ricciotti a donc proposé de restaurer son aspect d’origine : remettre la cheminée, décaper les cuivres, le peindre entièrement en blanc, y compris le toit qui avait été repeint en rouge. Un rôle de conseil, surtout, voire de coach : « J’ai voulu les aider à prendre conscience du caractère institutionnel de ce qu’ils sont. » Techniquement, l’intervention a donc reposé sur le verbe, et la vision esthétique. Sur l’esthétique du métier qu’il s’agissait de remettre en forme. « Ils ont l’air « couillon » car ils sont transportés par la pilotine : ils ont un blouson, ils ont pas de galons…Pourtant, ce sont des officiers. Ils sont très humbles ces gens. Ils ont bon goût. C’est un beau travail, c’est un métier. » Couillon ? Au regard de leur parcours, ils adoptent, effectivement, un profil bas. « Pour être pilote, explique l’architecte, pilote de pilotine qui rentre et fait sortir les bateaux, il faut avoir fait l’école de la marine marchande, bac +5, puis après pour présenter le concours, il faut quinze ans d’expérience au commandement. Ça fait déjà 20 ans… Tu arrives à 40 ans. Après, pour rentrer pilote dans la compagnie des pilotes puis rentrer de très grosses unités dans le port, il faut quasi dix ans d‘expérience. Ça veut dire que les pilotes qui rentrent de très très grosses unités à Fos ou à Marseille, c’est des mecs qui ont 50 berges ».

  • Les stigmates de la péniche, du yacht, du vieux navire

    « J’ai fait surtout en sorte de leur redonner confiance pour qu’ils remettent leur ponton à l’identique, c’est à dire avec une ambiguité qui est à la fois celle de l’ouvrage industriel et celle de l’ouvrage nautique. Parce que le Phocée cumule à la fois les stigmates de la péniche, du yacht, du vieux navire… Le repeindre avec des belles couleurs, balnéaire… En plus il avait un toit rouge. Tu sais pourquoi ? Parce que Gaston Deferre leur demandait de mettre des tuiles par-dessus pour que ça fasse provençal, sur un navire… tu vois un peu le niveau de c… du maire de Marseille.

    Donc le toit doit redevenir blanc, voilà : c’est une couleur qui repousse la chaleur…

    Non mais, des tuiles, tu te rends compte ? Des tuiles… Maintenant il faut recouvrir les bateaux de tuiles pour qu’ils soient à l’image de la Provence. Tu ris ? Mais c’est pas rigolo. C’est assez tragique. » Après quelques semaines de travaux, le Phocée a retrouvé son allure vintage, d’origine. Rudy Ricciotti a inspiré l’idée d’un livre, « pour célébrer la mémoire du travail. Ce ne sont pas des emplois, ce sont des métiers. C’est pour ça que je les défends ». Le syndicat du pilotage de Marseille-Fos regroupe à ce jour 47 pilotes, 53 salariés et 11 pilotines.

  • Fort Saint-Jean

    Le Phocée est visible au quai Saint-Jean juste en face de l’entrée du MUCEM située au Fort Saint-Jean.

    Livre : Le Berceau des Pilotines, Pilotage Marseille-Fos. Contacter secretaire@pilotage-mrs.fr

    www.pilotage-mrs.fr
    www.rudyricciotti.com

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