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15 Juillet 2016

E.1027. une halte E.1027 la Maison en Bord de Mer d’ EILEEN GRAY juillet 2016 PLUMEVOYAGE @plumevoyagemagazine © SPIEKERMEIER

E.1027 : la Maison en Bord de Mer d’ EILEEN GRAY

Par Françoise Spiekermeier

Dominant la plage du Cabbé, à Roquebrune Cap-Martin, la villa e.1027 construite par Eileen Gray entre 1926 et 1929, est l’un des joyaux de l’architecture moderne. La designer y mit en pratique sa conviction que les « besoins humains » doivent guider la conception et que « l’art de l’ingénieur » ne suffit pas.

  • Eileen Gray : E-1027

    La modernité saurait-elle baptiser une maison « Le Pt’it nid » ou « Le rêve de ma vie » ? Pas vraiment, surtout lorsqu’il s’agit d’une unité d’habitation révolutionnaire. Il fallait donc un nom de code, futuriste. Ce serait E-1027 : « E pour Eileen, 10 du J de Jean, 2 du B de Badovici, 7 du G de Gray ». A travers ce code qu’elle imagine, Eileen Gray imbrique à jamais ses initiales avec celles de l’homme qu’elle aime, Jean Badovici, à qui elle offrira la maison juste après leur séparation. Si Eileen Gray ne remis jamais un pied dans cette maison conçue pour vivre, créer et s’aimer, Jean Badovici en restera le propriétaire jusqu’à sa mort en 1956. Eileen Gray est née dans une famille irlandaise aristocratique. Indépendante et aventureuse, elle est inscrite à la Slade School of Art de Londres à 20 ans. Elle déménage ensuite à Paris en 1902, où elle passera la majeure partie de sa vie. Elle y rencontre Seizo Sugawara, un maître japonais de la laque, qui l’initie à cet art laborieux et potentiellement toxique, qu’elle utilisera pour créer des paravents laqués aux motifs modernes, et du mobilier style Art Déco qui assurera sa notoriété dans les galeries parisiennes jusqu’à la fin des années 20. Au milieu des années 1920, sous l’influence de Jean Badovici, et de Le Corbusier en particulier, elle devient un partisan du modernisme. Tombées dans l’oubli après les années trente, redécouvertes dans les années 1970, les créations d’Eileen Gray sont considérées aujourd’hui comme des pièces incontournables de la période Moderne.
    Inspirée par la petite maison au bord du lac Léman que Le Corbusier a dessiné pour ses parents, Eileen Gray songeait à construire un « refuge » où travailler en toute détente avec son amant. Elle conçoit un mobilier fixe et mobile, en continuité avec l’architecture du lieu, ce mobilier étant indissociable de la villa. Le concept d’E.1027 est celui d’un modèle d’habitat envisagé comme un organisme vivant, où l’espace est un prolongement du corps humain.

  • Un manifeste architectural aux avant-postes de la modernité

    Les deux amants la partageront peu de temps. L’été de leur rupture, Jean Badovici y invite son ami, l’architecte Le Corbusier qui y séjournera souvent jusqu’à ce qu’il édifie en 1952, sur une parcelle voisine, son propre Cabanon en bois. Lors de deux séjours consécutifs à la villa, Le Corbusier réalisera sur les murs blancs ainsi décrétés par Eileen Gray, plusieurs fresques colorées, en contradiction totale avec l’esprit du lieu souhaité par la créatrice. Comme un petit paquebot posé sur la falaise, « E-1027 Maison En Bord de Mer » est conçue par Eileen Gray pour être au plus près de la mer. L’architecte et designer y invente une poétique raffinée du quotidien, au contact des éléments – mer, vent, soleil – avec un luxe de détails ultra- modernes tendant vers la simplicité: simplicité du mode de vie, fonctionnalité du mobilier, transformable, escamotable… générosité de l’espace et de l’organisation des volumes.. Chaque chambre, chaque pièce jouit d’un accès direct à l’extérieur, d’une douche et d’un bureau pour le respect des rythmes subjectifs entre l’action et le rêve. L’esprit vacance imprime le mobilier créé pour le lieu. Ainsi, ce manifeste architectural aux avant-postes de la modernité repose-t-il sur un lien organique entre l’extérieur (l’architecture), le corps et la vie intérieure de l’occupant.

  • Une villégiature balnéaire d’un nouveau genre

    La maison réalisée entièrement en béton et briques, peinte en blanc, repose sur pilotis entre les restanques (murs de culture provençaux en pierres sèches) et les rochers surplombant la mer. Tout, dans l’édifice, rappelle l’univers du bateau : le balcon courant comme un pont de navire, les bouées de sauvetage, les toiles de bâche et les variations chromatiques blanches et bleues. Cette villégiature balnéaire d’un nouveau genre, inscrite dans un paysage agricole, allie à l’époque une vision totalement moderne de l’habitat tout en réinterprétant des éléments de l’architecture traditionnelle : les volets sont coulissants et techniquement conçus pour ventiler, mais munis de persiennes rappelant les usages vernaculaires. Le toit est une terrasse ouverte aux quatre vents, bordée d’un muret comme une frise, où débouche un escalier en colimaçon coiffé d’une verrière circulaire. Les cheminées ressemblent à celles de paquebots, mais sont miniaturisées. Aux balcons, les garde-fous sont des tubulaires métalliques laqués de blanc. Au lieu de fenêtres, ce sont des baies vitrées qui se replient judicieusement en accordéon, comme des paravents –un clin d’œil aux paravents Art Déco de ses débuts. A l’extrémité du salon, une porte ouvre sur un balcon ombragé dédié à la sieste dans un hamac, face à l’immensité bleue.

  • Comme sur un bateau

    Intérieur et extérieur se répondent. Pas de coupure ni de séparation brutale. A l’intérieur de la maison, place au volume qui se module à l’envi. L’architecture s’organise en espaces dans une pièce de 50 m2 sans séparations: un coin alcove, un coin divan pour deux, un coin douche derrière un paravent mural, et à l’opposé, un espace bar-salle à manger. Comme sur un bateau, tout se range dans un minimum de place, afin de « laisser chacun libre et indépendant ». Un manifeste architectural ou féministe ? Pour faciliter le rangement par chacun quelque soit son sexe, cet esprit d’ordre libérateur se matérialise par de petites étiquettes au pochoir, sur le mur ou le meuble, précisant le nom des choses : placard « oreillers », tablette « pour les dents » dans la salle de bains ou placard « peignoirs. Sur ses dessins et plans, Eileen Gray reporte des sous-espaces contenant des meubles mobiles, fixes ou intégrés qui accompagnent toutes les activités. Ces meubles seront réalisés spécialement pour la villa : le fauteuil Transat, inspiré des sièges de traversées transatlantiques, le fauteuil Bibendum, le tapis « Marine d’abord », l’astucieuse table de chevet chromée circulaire baptisée table E-1027… autant de pièces qui aujourd’hui, attirent les collectionneurs dans les ventes aux enchères où circulent encore les modèles originaux.

  • Le Corbusier

    Ce n’est que dans les années 1970 que la paternité de la villa est enfin revenue à sa créatrice. En 1937 et 1938, Le Corbusier séjourne à la villa afin de réaliser ses peintures murales. La première année il en réalise deux, suivies l’année d’après par cinq autres. Il reviendra les restaurer en 1949 et en 1963, après le décès de Badovici, qui avait menacé de les effacer pour calmer la colère d’Eileen Gray. Selon ses biographes, la designer n’appréciait pas du tout cette intervention du Corbu. Mais elle ne revint jamais à la villa après 1930 et ne vit ces fresques que bien plus tard, à travers des photographies. Aujourd’hui, les sont, tout autant que la maison, ses jardins et son terrain, classées au titre des monuments historiques.

    Sur ce « Cap Moderne » (nom de l’association créée en 2014 pour gérer et valoriser le site), Le Corbusier passa treize étés dans son cabanon, avec sous ses yeux la mer, le jardin sauvage et la villa d’Eileen Gray en contrebas. Lorsqu’il nageait quotidiennement dans la baie de Cabbé, il admirait la colline où se tenait son cabanon, ce mouchoir de poche où il passait les moments les plus heureux de sa vie en compagnie de sa femme et de ses amis, entièrement nu et libre. Et lorsque le 27 août 1965, son cœur lâche et il se noie dans cette crique, c’est exactement là, sous les murs immaculés de la villa qui l’éblouit une dernière fois.

    ACTUS
    -2016 (octobre) : 40ème anniversaire de la disparition d’Eileen Gray.
    – maison classée au titre des Monuments Historiques.
    – ouverture au public pour la deuxième année, de e.1027, depuis sa restauration.
    – Brunch et visite le 03 juillet 2015 (55 euros/personne. Réservation sur le site www.capmoderne.com)
    – Soirées Lumières à E.1027 : dîner et feu d’artifice ( festival pyrotechnique de Monaco). Dates : 25 et 30 juillet, 6 et 13 août 2016.

    ACCES : Gare de Cap-Martin-Roquebrune. Accueil sur le parking coté mer (quartier Cabbé) au siège de l’association Cap Moderne située dans un wagon blanc.
    Réservation des visites sur le site www.capmoderne.com . Téléphone : 06 48 72 90 53
    Durée de la visite : 2h30


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