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Octobre 2011

De Baltimore à Berlin.

David Blot

Pour cette troisième édition, le journaliste David Blot nous entraîne dans un univers original, celui du documentaire. Vrai ou faux. Toujours original et fascinant.

Putty Hill (2011)
Nous sommes à Baltimore aujourd’hui. Putty Hill est une fiction néo documentaire sur un groupe d’ados et leurs familles prolétarisées du Maryland. Rien n’a changé d’apparence chez les Kids de 2011 par rapport à ceux de Larry Clark quinze ans avant : mêmes looks ou presque, mêmes familles à l’abandon, mêmes spliffs à fumer, mêmes skate parks comme activité principale, et même it girl en tête de casting (Chloé Sévigny dans le temps, Skye Ferreira ici). Le cadre et les personnages en commun, le film est pourtant l’antithèse de celui de Clark : aucun trash, aucunes violence, pas de voyeurisme. Véritable élégance dans la mise en scène, la photo est souvent magnifique et d’autant plus remarquablement soignée qu’il s’agit d’un (faux) documentaire. Et puis, plus le temps file, plus Putty Hill s’installe, tout doux, tout calme, trop dépressif pour être déprimant, presque serein.

House of Bamboo(1955)
Nous sommes à Tokyo dans les années 1950. House of Bamboo, classique du film noir, est pourtant un noir vraiment pas comme les autres. Primo parce que le noir y est scope, dans des couleurs absolument somptueuses. Deuxio, parce que le cadre est le Japon, un Japon post atomique des années 1950, d’avant la technologie dominante, où les Américains vainqueurs ont transporté tout un pan de leur société, même la plus criminelle. Et tertio, parce que c’est une réalisation du sauvage et redouté Samuel Fuller, mais un Fuller ici assagi, s’attardant sur des traditions d’une autre culture et offrant un véritable petit documentaire en technicolor au sein d’un thriller, par ailleurs splendidement filmé – stupéfiantes audaces de prises de vue et final spectaculaire à la Hitchcock.

http://www.youtube.com/watch?v=qNwewyPCORw

La vie à l’envers (1964)
Nous sommes à Paris pendant les Trente glorieuses, pleines d’emplois et d’espoir des années 1960. Et c’est pourtant à une ode à la dépression que nous convie le très rare Alain Jessua (neuf films seulement, ici son premier) et dans laquelle on retrouve l’essentiel des thématiques de son œuvre à venir. Charles Denner, enthousiasmant de nihilisme, n’a qu’une mission : faire abstraction de sa femme, de sa famille, de son travail, et puis des gens, de la foule, de la nature et même des meubles qui l’entourent. Et il y arrive. Avec bonheur. C’est parfaitement écrit et réalisé par Jessua et évidement parfaitement joué par Denner, avec Jean Yanne en bonus. Disponible en intégrale sur le site lesintrouvables.blogspot.com et fortement recommandé.

Pumping Iron (1977)
Nous sommes autour du monde. Dans le monde des muscles. Pumping Iron est un hallucinant documentaire 70’s sur les compétitions internationales de bodybuilders dont certaines star en devenir comme Lou Ferrigno, futur Hulk télévisuel, et surtout, le six fois Mr Olympia, Arnold Schwarzenneger. Ce dernier quasi demi dieu fait l’essentiel du show avec une roublardise de rascal autrichien, gagnant les épreuves avant même de monter sur scène en intimidant par exemple, psychologiquement, ses adversaires – pauvre Lou Ferrigno dont il ne fera qu’une bouchée. Excepté Arnold, les bodybuilders finissent ici par apparaître comme de gros nounours d’une gentillesse à toute épreuve et à la détermination extra terrestre, passant leur existence à se regarder dans la glace pour une compétition crypto gay vainement éphémère. On irait presque boire un verre avec eux si on n’avait pas peur qu’une simple tape dans le dos, amicale, ne nous envoie au tapis. Et Arnold de régner en maître sur ce petit monde. Quand on connaît la trajectoire de l’homme cela renforce l’aspect totalement stupéfiant pour ne pas dire anabolisant de ce film pas comme les autres.

Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… (1981)
Nous sommes à Berlin dans les années noires et héroÏnes 70’s. Christiane F, énorme succès tiré d’un best seller documentaire, vaut nettement mieux que sa réputation putassière. Si la caricature est certes difficile à éviter quand on parle d’héroïnomanes (et de fait…), rien n’est pourtant aseptisé dans ce film froid et ravageur, pas même l’âge de l’actrice qui était celui de la (vraie) Christiane F. Et on remarquera que le titre original allemand (Christiane F. – Wir Kinder vom Bahnhof Zoo qui peut se traduire par « Nous, les enfants de la station Zoo ») est infiniment moins racoleur que la traduction française. Finalement, que le film eut un retentissement grand public considérable à sa sortie n’enlève rien au fait qu’il se tient fichtrement bien aujourd’hui. A mi-chemin générationnel entre le More de Shroeder (1968) et le Kids de Larry Clark (1995). Ps : soundtrack et apparition live de David Bowie, qui, s’il n’a composé aucun morceau original, à laissé le réalisateur piocher dans le quatuor de tête des albums du Thin White Duke, à savoir la période 76/78 de Station to Station à Heroes. La musique y est donc parfaite.


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