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Septembre 2011

Quatre films étranges et uniques, de la Sicile à… nulle part.

David Blot

Pour ce deuxième numéro, quatre nouvelles références cinématographiques, choisies par David Blot, hors des sentiers battus. Avis aux amateurs : après la réédition au mois de juin de la BD « Le Chant de la Machine » avec une préface de Daft Punk, le journaliste réitère aujourd’hui avec « Yesterday », une BD fiction autour des Beatles aux Editions Manolosanctis.

Mafioso d’Alberto Lattuada (1962)
Nous sommes en Sicile pour un film acide et drôle, d’un courage saisissant dans sa description contemporaine et moqueuse de la mafia du cru. Sur un scénario co-écrit par les vétérans Age et Scarpelli, mais aussi un tout jeune Marco Ferreri, Mafioso est un grand, très grand, film du trop méconnu Alberto Lattuada. En star magistrale, Alberto Sordi, jouissif de veulerie, campe entre Peter Sellers et Jean-Pierre Marielle, un col blanc milanais qui retrouve sa Sicile natale et qui, bon couillon pigeon consentant, tombe pieds et poings liés dans les règlements de compte de la Mafia. Sens de la fable, du vrai, de la Sicile à New York, le film démarre en comédie provinciale grinçante avant de bifurquer, acculé comme son personnage principal, dans un final polar bluffant. Classique et totalement oublié ! Faîtes vous plaisir !

Baby Face d’Alfred E. Green (1933)
Nous sommes à New York. Enfin, pas au début. Au début, Baby Face (Barbara Stanwyck) est une pute de province travaillant depuis l’âge de 14 ans pour son père… A la lecture de Nietzsche (si si), elle décide par vengeance qu’aucun homme ne lui résistera. Débarquant à Big Apple, toujours accompagnée de sa fidèle Chico (jouée par Theresa Harris, une des rares starlettes noires de l’époque), elle grimpe petit à petit les échelons de la société post 1929 dans un ballet de séduction qui commence par le portier d’une banque pour se terminer dans le lit du grand patron en passant par un tout jeune John Wayne. Un à un, ses prétendants sont, soit virés, soit se suicident, soit s’entretuent… Co-écrit par le producteur star Darryl Zanuck lui-même, ce film court et ahurissant d’audace précipita la mise en place du code de censure hollywoodien, le fameux code Hays, instauré l’année suivante.  » Yeah, I’m a tramp, and who’s to blame ? You, my Father. A swell start you gave me. Ever since I was fourteen, what’s it been? Nothing but men ! Dirty rotten men ! And you’re lower than any of them. I’ll hate you as long as I live ! » (« Oui je suis une pute et alors, à qui la faute ? Toi, mon père. Que m’as tu offert depuis mes 14 ans ? Des hommes ! Rien que des hommes pourris et vils. Et tu es le pire de tous, je te détesterai jusqu’à ta mort !’). Bref, Baby Face et Barbara Stanwyck en 1933, c’est autre chose que Pretty Woman et Julia Roberts en 1990, qui l’eut cru ?

http://www.youtube.com/watch?v=T950VLQZcnE

La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo (1966)
Nous sommes à Alger la blanche. Mais couleur sang. La Bataille d’Alger est l’un des plus véridique et original film de guerre, un film unique. Pas de reconstitution à l’hollywoodienne. Le tournage du film se fit sur les lieux même de l’histoire, juste après les événements. Et avec des protagonistes qui ont vécu directement la guerre tel Yacef Saadi, dirigeant influent du FLN. Il interprète ici son propre rôle. Présentée comme la première production de l’état algérien, l’essentiel de l’équipe technique est pourtant italienne. Ennio Morricone à la musique (sobre, rugueuse, loin des clichés prêtés au maestro). Gillo Pontecorvo à la réalisation, et surtout, et c’est le point le plus important, Franco Solinas au script. Scénariste de quelques uns des plus politiques westerns italiens (La Reisa Dei Conti, El Chuncho, Queimada) il est le futur auteur d’Etat de Siège pour Costa Gavras et de Mr Klein pour Joseph Losey. Dénué de toute romance psy et de toutes conventions scénaristiques, La Bataille d’Alger est un condensé d’action pure et de prises sur le vif. Malgré l’implication de l’état algérien dans la production, le film ne tourne pas à la propagande binaire. Il raconte, et c’est audacieux, l’histoire d’une défaite (la bataille d’Alger fut perdue par le FLN en 1957, avant la victoire finale en 1962). Classique du cinéma mondial (Grand Prix à Venise, nominé aux Oscars pour le script et la réalisation), le film fut pendant des décennies interdit en France, Au-delà de ses absolues qualités cinématographiques, on serait bien mal à l’aise d’y dénicher le moindre « aspect positif de la colonisation’ », idée chère à certains.

Incubus de Leslie Stevens (1965)
Nous sommes…un peu nulle part justement. Incubus est un grand film américain malade et hanté, halluciné et poétique, zoophile et nécrophile. D’un noir et blanc singeant Eisenstein avec fulgurance, le film tente un Bergman dans les symboliques : le dieu, le diable, les femmes. Le tout intégralement interprété en langage esperanto – expérience unique de toute l’histoire du cinéma – et avec dans le premier rôle, l’improbable William Shatner (un an avant Star Trek !) Un film maudit retiré de la circulation juste après sa sortie, suite aux suicides de deux des acteurs principaux, et retrouvé, par miracle et hasard, trente ans plus tard sur une étagère de la Cinémathèque française. Et tout ceci est véridique. Quant au réalisateur, Leslie Stevens, il disparu totalement des radars cinématographiques. On l’imagine fou, quelque part sur une île, à parler esperanto en solo…


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