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novembre 2015
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Danse contre la mort...

Paris, © Océane Buret @ Plume Voyage Magazine

13 novembre 22h, Paris 16e. La soirée bat son plein chez Sandrine. Les corps tanguent dans le brouhaha d’une jolie fête insouciante lorsque les premiers textos se frayent un chemin dans les bruits de la fête. Les visages s’affolent, les téléphones s’agitent. Certains rejoignent une pièce plus calme. On allume la TV. Le sinistre décompte des morts s’égrène. Une responsable de BFM est présente. Elle part en trombe.
Chacun tente de joindre les siens. Les proches vont bien, mais les autres ? Les dés du hasard sont en ébullition. L’un était au Bataclan il y a trois heures. Un journaliste ami est coincé à l’intérieur. Une autre encore y donnait un concert la veille. Le fils d’une connaissance a reçu une balle dans la cuisse. D’autres sont bloqués dans des cafés du 11e ou ont eu leur porte défoncée par le Raid. Et puis il y a les silencieux. Les amis plus lointains dont on découvrira la disparition, au fil des jours qui suivent.

Pour l’instant, dans le brouhaha de la soirée, l’information peine encore à s’imposer. Certains ignorent tout ou partie du drame. Les autres n’en mesurent pas toujours la portée ou ne savent sur quel pied danser. Rentrer, rester, danser ? Affolés, certains veulent partir, rejoindre leurs proches. Une carte parisienne des attentats surgit sur les portables. Entre le 11e et le stade de France, depuis le 16e, on doit bien trouver un trajet de retour ? Paris est bouclé, fermeture des frontières dit-on. Plan blanc, plan rouge, cartographie du sang… Les uns sidérés, tétanisés, angoissés tournent en rond, rivés à leurs portables. Les autres, inconscients ou bravaches, préfèrent tenir le drame à distance. Impassible, la djette poursuit sa tâche et la musique balance. Danser contre la mort, contre l’horreur, dans un ultime déni, grappiller les derniers instants de l’insouciante vie d’avant. Réflexe de vie. Comme à Beyrouth, comme à Tel Aviv. Refuser de leur faire le cadeau de notre joie de vivre. D’ailleurs on ira aussi en terrasse, dans les théâtres. Même pas peur…

Malgré tout, la réalité du drame qui se joue à l’autre bout de Paris enfle peu à peu jusqu’à envahir tout l’espace. Il est à peine minuit lorsque les derniers invités s’en vont.
Retour blafard dans Paris désert. Regard vers la tour Eiffel nimbée de lumière, si belle et si menacée. Nostalgie déjà des années de paix insouciante. De fraternité confiante. De certitudes tranquilles. Cette fois ci, la fête est bien finie.

Cécile Sepulchre

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