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novembre 2015
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S’étirer comme un chat

© Benedetta Borrometi @Plume Voyage Magazine

Ce soir là toute la ville s’est arrêtée. Tout le monde est resté sidéré, interloqué, aux aguets. Les respirations coupées, en apnée. Qu’est ce qui va se passer ?
Ce n’est pas possible… c’est un mauvais film… pire qu’un mauvais film…
Et toute la nuit accroché aux infos. Flux de mauvaises nouvelles. Tant de morts, de blessés.
Premières pensées pour les proches.
Et constat des dégâts, des douleurs au fur et à mesure des semaines. Et puis comme par hasard, le froid, le ciel gris pluvieux au dessus de la ville. Une semaine après les attentats comme pour accompagner notre tristesse.
Et puis j’ai patienté, assisté aux flots de paroles, d’émotions s’exprimer d’images, des réactions, belles souvent, bizarres parfois. Tout le monde y allait de son commentaire… tout les monde a réagi avec ses tripes. Tout le monde était touché. Malgré lui.
La tempête est passée. La douleur est restée, une douleur contenue, une douleur commune. On pouvait la percevoir, la palper, dans les journaux, les rues, les respirations, le désarroi dans les regards. Même les terrasses, les bistros, les rues qui étaient tout de même plus vides qu’avant, avant le jour qui a tout changé.
Ils ont réussi les idiots à semer le doute, la peur… même si par bravade des pancartes « même pas peur » on été brandies. Mais j’ai eu peur. Une peur égoïste d’abord puis une peur profonde de celle qui fait réaliser que toute liberté est fragile. Comme en Afghanistan, en Egypte, en Syrie…
Peur que mes enfants ne s’étirent plus comme un chat le matin comme je leur ai appris, peur que je ne puisse plus les accompagner le matin à l’école, le cheveu hirsute, habillée n’importe comment. Peur de ne plus pouvoir aller dîner avec mes copines entre filles, peur de ne plus pouvoir contempler les « Nymphéas » au Musée de l’Orangerie quand ça me chante, peur de ne plus avoir le droit de prendre un café, seule au comptoir, peur que les magnifiques Jardins du Palais Royal et les colonnes de Buren soient détruits, peur de ne plus assister à une pièce de théâtre, peur de ne plus pouvoir la commenter, peur de ne pas pouvoir offrir la transmission et la culture de mon choix à mes enfants, peur que la liberté qui m’a été donnée leur soit refusée demain. Peur que ces idiots réussissent encore leurs mauvais coups. Peur qu’ils volent encore des vies, des jeunesses, des rires et des danses.
Peur qu’ils nous entrainent dans leur jeu macabre. Peur que la noirceur prenne le dessus.

Je me suis donné du temps pour réaliser, accepter l’inacceptable. Encore une fois comment continuer ?

Je suis parisienne, française d’origine coréenne, baptisée avec un nom juif alsacien. Mes enfants sont libano-coréens nés à Paris, leur père est libanais maronite.
Parce que j’ai eu peur que mes valeurs, ma culture, le monde mélangé que j’aime disparaissent un jour que la violence et l’enfermement deviennent quotidiens, et en hommage à mon pays, la France qui m’a élevée, je continuerai de parler beauté, de joie, de gourmandises et de voyages. On dit que le voyage c’est la liberté.

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