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Novembre 2011

De Santa Barbara à Copenhague

David Blot

Pour cette quatrième édition, le journaliste David Blot nous entraîne à la découverte de personnages pétris de ces petites histoires qui encombrent notre quotidien. Entre misère et éloquence. Jamais indifférents.

Cutter’s Way (1981)
Nous sommes à Santa Barbara, mais bien loin de la série télé du même nom. Cutter’s Way est un beau film signé du tchèque Ivan Passer – collègue infortuné de Milos Forman – tournant sur la côte ouest US une dérive néo polar avec des personnages d’anti-héros absolus. C’est l’un des meilleurs rôles de Jeff Bridges – ce qui n’est pas peu dire vu sa carrière – et tout le reste du casting est à la hauteur. Si le film manque parfois de maîtrise, avec par exemple un scénario bourré d’ellipses hasardeuses, c’est aussi une petite perle de cinéma paumé, plus violent que du Jim Jarmusch, moins lyrique que du Michael Cimino, et finalement à mi chemin. A redécouvrir.

Double Indemnity (1944)
Vu Double Indemnity (Assurance sur la mort, 1944). Nous sommes à Los Angeles pour cette adaptation par Billy Wilder et Raymond Chandler du polar de James M.Cain, qui préféra in fine la version filmée à son propre roman. Si Double Indemnity est une perfection de film noir magnifiant un grand nombre de conventions (voix off, femme manipulatrice, dialogues surréalistes et destinées tragiques), l’intrigue placée dans le cadre d’une agence d’assurance évite les clichés policiers usuels. Pas de détective privé et (presque) pas de flics non plus, le crime en devient d’autant plus universel puisque c’est vous et moi les assassins. Le rythme est parfait, le film démarre en trombe sur les traces d’une voiture folle lâchée dans la ville et ne faiblit jamais. Les acteurs sont exceptionnels et les dialogues à réciter par coeur. « Yes, I killed him. I killed him for money – and a woman – and I didn’t get the money and I didn’t get the woman. Pretty, isn’t it?  » (Oui, je l’ai tué. Je l’ai tué pour l’argent et pour une femme. Et je n’ai eu ni l’argent, ni la femme. Pas mal non ? ») Classique. Absolu classique !

Le Grand Embouteillage (1979)
Nous sommes sur une autoroute perdue autour de Rome pour cette comédie franco-italienne signée du grand Luigi Comenicini (L’incompris). D’un ouvrier prolétaire à un baba cool, d’un proto Berlusconi à des mama saveur italienne, du couple qui se déchire au jeune homme pressé de retrouver sa brune : toutes les CSP imaginables de l’Italie se retrouvent coincées jours et nuits dans un immense embouteillage perdu dans un no man’s land de bitume. Succession de petits sketchs pas vraiment reliés entre eux, on regrette quelques outrances typiques de l’époque (une scène de viol, par exemple, obligatoire dans le cinéma 70’s), mais on est scotché par le décor néo fantastique oppressant et un défilé de vedettes impressionnant : Alberto Sordi, Annie Girardot, Fernando Rey, Patrick Deweare, Marcello Mastroianni, Ugo Tognazzi, Miou-Miou et Gérard Depardieu ! Ça bouchonne au péage.

Pusher I, II & III (1996, 2004, 2005)
Nous sommes à Copenhague. On rappelle l’historique : le premier Pusher en 1996 était aussi le premier film de son réalisateur, Nicolas Winding Refn, aujourd’hui vénéré pour son Drive avec Ryan Gosling. Dans la tradition des films qui ne coûtent pas cher, mais rapportent beaucoup, Pusher 96 ou les affres d’un dealer danois connu un joli triomphe international dont le succès permit à Refn un début de carrière hollywoodienne. Mais c’est pétri d’échecs outre-Atlantique qu’il revint peu après sur sa terre natale en reprenant l’univers du Pusher ajoutant en 2004 et 2005, deux suites qui lui permirent de remplir à nouveau le tiroir caisse. Vu dans l’ordre de sortie, il est probable de préférer tel ou tel chapitre ultérieur, généralement plus intimiste ou plus shakespearien que le premier. Mais enfilés les trois d’un trait, ce qui fut mon cas, le Pusher I de 96 garde une vitalité intacte et s’en sort brillamment dans son exercice de cinéma vérité, entre Dogme à la Von Trier et Mean Streets à la Scorsese. A revoir, Drive oblige.

Home alone I (1990)
Nous sommes à Chicago. Et si ce choix peut surprendre, tant pis, il s’agit bien d’un grand film… Le plus énorme succès public de John Hugues fut à l’époque perçu comme une sérieuse régression artistique vendue aux majors après le sommet existentiello-ado du Breakfast Club. Un peu comme si on avait considéré qu’en abaissant l’âge de ses héros d’une bonne dizaine d’année, passant d’une Molly Ringwald teenager à un Macaulay Culkin 8 ans et tout ce qu’il y a plus de pristine, John Hugues avait aussi abaissé l’intelligence de son cinéma. Funeste erreur. Home Alone est une perfection cinématographique reprenant les haines et trauma familiaux propre à son oeuvre – Home Alone soit Seul à la maison, abandonné des autres donc – pour les plonger dans un délire Tex Averyien de « tricks’n’threads » sadiques bourré de morve et de haine sur de pauvres victimes veules et cartoon – Joe Pesci & Daniel Stern martyrisés tel des Coyotes après une tornade Bip Bip. Le tout construit, pensé, filmé comme un classique americana, mieux encore : un classique de Noël. Un film total, oui. Si la suite en 92 est pas mal, les deux suivantes sont catastrophiques et aucune ne vaut l’original. Faîtes vous plaisir et oubliez d’être snob.


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